"Aqua", de Gaspard Koenig : Source de conflits

Gaspard Koenig s’attaque à l’un des grands enjeux contemporains : la gestion de l’eau à l’heure du dérèglement climatique. Un roman ambitieux et documenté, où le sujet prend parfois le pas sur la fiction.

aqua "Aqua", de Gaspard Koenig : Source de conflits

"Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’eau de consommation…". C’est un peu l’idée générale du livre Aqua, deuxième volet de la tétralogie consacrée aux éléments naturels par Gaspard Koenig. Après Humus, dont le sujet principal était la terre, il est cette fois question de l’eau, et plus précisément de son approvisionnement et de sa distribution à l’heure du dérèglement climatique et des sécheresses qui menacent de plus en plus nos villes et nos campagnes.

Dans ce nouveau roman, l’auteur met en scène les habitants d’un village confronté à deux visions opposées concernant la gestion de l’eau. D’un côté, ceux qui souhaitent préserver la source locale et défendre l’idée qu’il s’agit d’un bien commun. De l’autre, ceux qui veulent moderniser le réseau et le rattacher à la communauté de communes.

En un peu plus de 400 pages, l’auteur dresse un état des lieux assez exhaustif des enjeux liés à l’eau, à travers la vie du village de Saint-Firmin, situé dans le bocage normand. Avant et après les élections municipales, des personnalités diverses s’affrontent pour défendre leurs positions, parfois étroitement liées à leurs intérêts personnels. Une épicière bio se présente à la mairie. Face à elle, un énarque revenu du ministère de l’Écologie. Autour d’eux gravitent une naturopathe, des agriculteurs peu préoccupés par les enjeux environnementaux et toute une galerie de personnages censés incarner les tensions actuelles entre écologie, économie et politique locale.

Il n’y a pas à en douter, le sujet est passionnant et le projet ambitieux. Mais un bon sujet fait-il un bon roman ?

Dans le cas présent, j’ai envie de répondre : pas vraiment. Malgré les qualités indéniables du livre, qui éclaire de nombreux aspects techniques et revêt par moments une dimension didactique évidente, quitte à frôler parfois la fiche Wikipédia, je n’ai pas été convaincu par l’aspect strictement romanesque du récit. Certains personnages sont intéressants, mais d’autres m’ont semblé un peu caricaturaux.

Au fil des pages, j’ai eu le sentiment que le véritable personnage principal était l’eau, et seulement l’eau, et que l’intrigue ainsi que les protagonistes étaient avant tout au service d’un propos. C’est ce qui m’a gêné. J’aurais aimé davantage de tension, plus de mordant, plus de causticité dans l'histoire. Avec un tel sujet, un écrivain comme Aurélien Bélanger aurait sans doute proposé quelque chose de plus incisif, capable de transcender la matière documentaire, comme il l’a fait par exemple avec Le Grand Paris en 2017.

❤❤

Editiosn de L’Observatoire
448 pages – 22€ - Date de parution : 9 janvier 2026

 

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