"Les courants d’arrachement", le premier roman bouleversant d'Élise Lépine
Avec ce premier roman ample et maîtrisé. Élise Lépine signe une fresque romanesque intense et un portrait de femme bouleversant.

En 1955, à Casablanca, Reine apprend la mort de Jean, l’homme qu’elle aimait et le père de sa petite fille. Elle attendait son retour pour fuir un mariage arrangé, sans amour. Mais Jean ne reviendra pas. Accablée par le chagrin, elle s’allonge sur le rocher des condamnés, face à la mer, prête à s’y abandonner, tandis que sa fille, Rose, l’attend sur le sable.
À travers ce geste désespéré affleurent les souvenirs d’une vie marquée par les ruptures. L’enfance d’abord, à Lisieux, où, après la mort de sa mère en 1938, son père accepte de la confier à un couple, les Rouge. Une parenthèse heureuse, brutalement interrompue par la guerre et la déportation, qui la séparera de cette famille d’adoption.
Une décennie plus tard, on retrouve Reine à Casablanca, recueillie par un oncle et une tante, dans un environnement qui ne tardera pas à lui réserver de nouvelles désillusions.
Difficile de résumer le premier roman d’Élise Lépine tant il déploie une matière riche et ample. L’autrice y tisse le parcours d’une héroïne ballotée entre de rares instants de bonheur et de passages marqués par la douleur et le chagrin, dans un récit qui épouse les soubresauts de l’Histoire.
Avec une écriture précise, élégante, jamais appuyée, Élise Lépine impose d’emblée une vraie maîtrise du récit romanesque, évitant soigneusement les pièges de l’émotion facile. Par moments, j'ai pensé à la saga de Leïla Slimani, tant le livre parvient comme dans Le Pays des autres à conjuguer ampleur narrative et ancrage réaliste, avec une histoire remplie de personnages complexes, dans un contexte historique solidement restitué.
Les courants d’arrachement s’impose comme un roman d'une maturité exemplaire, portée par une narration fluide qui multiplie les allers-retours temporels sans jamais perdre en intensité. D’ores et déjà un des grands romans de 2026.
❤❤❤❤
Editeur : Grasset
352 pages, 23 euros
Date de parution : 7 janvier 2026







