"Notre Salut" d’Emmanuel Marre : un petit fonctionnaire de Vichy
Emmanuel Marre plonge dans les coulisses de la collaboration à travers le quotidien d'un fonctionnaire de Vichy. Un film historique atypique, teinté d’ironie, qui bouscule les codes du genre et fait étrangement écho à notre époque.

C’est un drôle de film que Notre salut, bien loin, dans sa forme, de ce qu’on peut voir habituellement en matière de films historiques. À l’extrême opposé, par exemple, de La Bataille de Gaulle. Ici, pas de grande figure historique à l’écran. À peine aperçoit-on Pétain, rapidement filmé de dos. On suit plutôt de petits fonctionnaires de l’État français collaborateur de l’Allemagne, en 1940. Parmi eux, Henri Marre, maréchaliste convaincu, arriviste et idéaliste et spécialiste du management, qui se fait embaucher dans l’administration du régime de Vichy, au sein d’un ministère chargé de la lutte contre le chômage. Persuadé de pouvoir améliorer le système, il entend y appliquer ses méthodes fondées sur l’efficacité... quitte à s'affranchir de toute considération morale.
Après le très réussi Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli, c’est au tour d’Emmanuel Marre de nous proposer une plongée dans la France de la collaboration.
Dans un style très différent, caméra au poing, avec des éclairages naturels ou de simples spots, le réalisateur nous invite à suivre Henri Marre à la trace. On pense parfois à Benoît Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous, ou aux personnages filmés dans Strip-tease, l’émission culte de la RTBF et de FR3.
Le film est teinté d’ironie, mais il n’en est pas moins extrêmement sérieux et documenté, puisqu’il s’appuie sur la correspondance des arrière-grands-parents d’Emmanuel Marre. Son arrière-grand-père, Henri Marre, était haut fonctionnaire et a écrit un traité politique qui a donné son titre au film.
Ce qui aurait pu se transformer en un long tunnel d’ennui, avec ses 2h40 sans vraiment d'"action" ni "dramatisation", se révèle être un film d’une audace et d’une originalité assez incroyables. Il nous fait revivre la collaboration à travers des personnages qui semblent tout droit sortis de notre époque, dans leur manière de parler, leurs intonations et leurs relations.
Un film délicieusement anachronique donc, dont le parti pris formel, très osé, se révèle particulièrement réjouissant. Le réalisateur n’hésitant pas à utiliser des tubes des années 80, comme dans cette scène de danse qui clôt un repas entre fonctionnaires de Vichy. Un moment assez surréaliste, mais très drôle, où tout le monde se trémousse sur Popcorn de l'américain Gershon Kingsley, en reprenant la chorégraphie popularisée par le groupe Hot Butter, comme on peut le voir sur YouTube.
Un film passionnant de bout en bout, par son ironie, son audace et sa manière de raconter la collaboration au quotidien, vécue de l’intérieur. On y découvre les rouages d’une bureaucratie pétainiste où se côtoient antisémites, opportunistes et progressistes. Des personnages pleins de contradictions, à l’image de ce Henri Marre. La guerre, quant à elle, n’est jamais montrée et reste en arrière-plan.
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Durée : 2h30mn
Date de sortie en salles : 30 septembre 2026







