"Très brève théorie de l’enfer", de Jérôme Ferrari

Jérôme Ferrari tisse le destin croisé de deux exilés que tout sépare. Un roman tendu, qui glisse progressivement vers le thriller.

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On quitte la Corse, cadre du précédent roman de Jérôme Ferrari, Nord sentinelle, pour Abu Dhabi. C’est là que travaille un professeur de philosophie, expatrié français originaire de l’île, après avoir vécu en Algérie, où il a rencontré son épouse. À son service, travaille Kaveesha, une immigrée sri-lankaise.

Dans ce second volet du triptyque Conte de l’indigène et du voyageur, l’auteur met en parallèle les trajectoires de ces deux exilés. Ils se croisent, cohabitent, mais évoluent dans des mondes séparés par une frontière sociale et culturelle invisible.

Le récit adopte le point de vue de cet expatrié, figure à travers laquelle se cristallisent les doutes, les questionnements moraux et la culpabilité propres aux Occidentaux vivant dans des villes comme Abu Dhabi, confrontés à la misère des populations locales ou immigrées.

En partie autobiographique, le roman nous plonge dans un univers peu accueillant. Jérôme Ferrari décrit avec précision cette enclave hors du monde où se côtoient les plus riches et des travailleurs réduits à une forme de servitude. Des immigrés auxquels on confisque parfois le passeport, à l’image de Kaveesha, contrainte de laisser son fils au Sri Lanka pour venir s’occuper de ceux des autres.

Ce choc des cultures, vécu différemment par chacun, est rendu avec une grande justesse. Au fil des pages, le lecteur s’enfonce dans un récit dense, presque labyrinthique, qui glisse progressivement vers le thriller.

Avec un style toujours aussi soigné, précis, parfois lyrique, fait de longues phrases descriptives, Jérôme Ferrari explore cet enfer moderne tout autant que la psyché de ses personnages. Des êtres déracinés, perdus, qui s’enfoncent peu à peu dans une forme de cauchemar.

❤❤❤

Éditions Actes Sud
160 pages – 16,50€
Date de parution : le 4 mars 2026

 

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