C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien : le poids du soupçon
Soupçonné d’avoir été écrit, en partie ou entièrement, avec l’aide de l’intelligence artificielle, C’était ça ou mourir se retrouve au cœur de l’une des polémiques de cette rentrée littéraire. Lu avant que l’affaire n’éclate, ce roman n’en demeure pas moins un texte singulier.

Certes, la rentrée littéraire est toujours émaillée de quelques incidents, de quelques faits divers d’ordre littéraire. Les histoires de plagiat, notamment, sont presque devenues monnaie courante. Mais là, c’est du lourd puisque l’accusation concerne l’un des romans phares de cette rentrée, possible candidat au Goncourt, C’était ça ou mourir, soupçonné d’avoir été rédigé, en partie ou entièrement, à l’aide de l’intelligence artificielle. Une première à cette échelle.
Le débat fait rage entre ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Mais, qu’on le veuille ou non, le doute s’est installé, même si aucune preuve tangible ne permet aujourd’hui d’affirmer que cette histoire de roman assisté par IA est fondée. Pour l’heure, tout repose donc sur des soupçons. Un peu comme dans le cyclisme lorsque certains coureurs se mettent soudain à battre des records ou à dominer outrageusement sans qu’aucun contrôle antidopage n’ait pourtant révélé quoi que ce soit.
Toujours est-il que le roman vient de bénéficier d’un coup de projecteur aussi inattendu que spectaculaire, qui amènera sans doute les prochains lecteurs de à l’aborder le livre avec un regard différent de celui qu’ils auraient porté sur lui sans cette affaire.
Heureusement pour moi, j’ai pu lire C’était ça ou mourir avant que la tempête ne se déclenche.
Pour composer cette histoire, Thélyson Orélien s'est basé sur les témoignages de nombreux immigrés africains, à partir desquels il a dessiné le portrait de Jonas, professeur d’histoire-géographie, qui a fui Haïti pour tenter de trouver refuge au Canada.
À vrai dire, rien ne m’a particulièrement alerté dans ce texte à l’écriture très métaphorique, au style chantant, poétique et extrêmement imagé, assez éloigné de ce qu’on peut lire habituellement. Une manière d’écrire que j’avais déjà rencontrée par le passé dans certains romans d'auteurs africains, mais peut-être rarement de façon aussi affirmée et aussi constante.
Ce style peut parfois sembler pesant, voire répétitif dans ses effets et ses formules. Pourtant, j’ai trouvé qu’il apportait aussi une forme de légèreté et de douceur au récit et qu’il contrastait bien avec la violence de ce que subit le pauvre Jonas au cours de son périple, jalonné de cadavres, de brutalité et de malheurs, entre Haïti et le Canada.
❤❤❤
Éditions Grasset
272 pages – 21,50€
Date de parution : 19 août 2026







