Minotaure : encore un grand film d'Andreï Zviaguintsev

Andreï Zviaguintsev ausculte la décomposition d’un couple bourgeois dans une Russie plus actuelle que jamais. Une belle adaptation du film La Femme infidèle de Claude Chabrol.

minotaure Minotaure : encore un grand film d'Andreï Zviaguintsev

La première chose qui frappe, c’est que cette adaptation est chabrolienne en diable. On y retrouve la noirceur humaine, l’atmosphère pesante et la dimension psychologique des films de Claude Chabrol de la fin des années 1960 et du début des années 1970, lorsqu’il enchaîne La Femme infidèle, Que la bête meure et Le Boucher, trois œuvres majeures de sa filmographie.

On y retrouve aussi, bien sûr, l’univers d’Andreï Zviaguintsev, qui observe une fois encore la famille sous un angle peu réjouissant. Sa mise en scène est immédiatement reconnaissable avec ses teintes sombres et bleutées, ses panoramiques lents et ces intérieurs filmés dans un jeu constant avec les fenêtres et les baies vitrées.
Comme toujours, son cinéma est froid, clinique, détaché de toute émotion apparente. Il filme magistralement ce couple en perdition, et cette femme qui s’ennuie dans un cadre de vie bourgeois dépourvu de toute chaleur.

La dimension politique, omniprésente, rappelle qu'il ne s'agit pas de proposer la simple adaptation d’un vieux film, mais bien  une histoire contemporaine, qui se déroule dans une Russie plombée par la guerre en Ukraine, où des fils et des maris sont arrachés à leur famille pour aller combattre dans une guerre qui n’est pas la leur. Sans jamais être trop démonstratif mais suffisamment explicite, Zviaguintsev parvient, à travers quelques images fortes, à saisir la réalité d’un pays rongé par la corruption et les conséquences humaines de la guerre.

Espérons qu’il ne faudra pas attendre trop longtemps avant de retrouver le cinéma glaçant, mais toujours aussi fascinant, de Zviaguintsev.

❤❤❤❤

Duré : 2h20 min - sortie en salle : 14 octobre 2026

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