Mémoire de fille : Judith Godrèche adapte Ernaux avec trop de retenue
En adaptant Mémoire de fille d’Annie Ernaux, Judith Godrèche filme avec pudeur les désirs, les blessures et les contradictions d’une jeune femme de 17 ans. Une adaptation sensible mais trop sage.

Je ne vais pas vous raconter ici combien la découverte de l'œuvre d'Annie Ernaux a constitué pour moi un choc littéraire, il y a quelques années. Du coup, chaque fois qu'un de ses romans est adapté au cinéma, je tends un peu le dos, de peur d'être déçu. Car les livres d'Annie Ernaux, tout comme ceux de Patrick Modiano, autre choc littéraire qui remonte pour moi aux années 90, sont particulièrement difficiles à adapter. C'est donc d'autant plus remarquable qu'Audrey Diwan ait réussi, en 2021, son adaptation de L'Événement.
Ici, c'est Judith Godrèche qui s'attaque à Mémoire de fille, un roman majeur de son œuvre paru en 2016. La fille de la réalisatrice, Tess Barthélémy, y interprète Annie Ernaux dans ses jeunes années, lorsqu'à 17 ans et demi elle part dans une colonie de vacances pour devenir monitrice. Encore très naïve, elle découvre la vie entre jeunes adultes, les garçons, le désir, le sexe. Elle perd sa virginité avec le moniteur-chef dans une relation ambiguë, au cours d'un rapport sexuel brutal qu'elle ne parvient pas à digérer. Malgré le peu d'intérêt que lui porte le garçon, elle reste irrémédiablement attirée par lui, incapable de s'en détacher, comme si elle avait besoin d'exister aux yeux des autres en devenant la maîtresse de ce garçon viril et peu charnel.
Reconnaissons à Judith Godrèche la délicatesse avec laquelle elle aborde son sujet, filmant avec beaucoup de pudeur cette bande de jeunes et cette « fille de 1958 », comme Annie Ernaux l'a souvent appelée en repensant à celle qu'elle était à 17 ans. Cette année-là, elle perd son innocence et sa virginité, et se retrouve dans une situation profondément ambivalente, entre désir, curiosité du corps et des hommes, et recherche d'un amour véritable.
Le spectateur suit presque en permanence cette jeune femme frêle, ses regards, ses gestes, ses hésitations. Il faut dire que Tess Barthélémy possède une vraie présence dans le rôle, avec ses grands yeux encore remplis d'innocence et de curiosité.
Dommage que le film se montre un peu trop lisse, un peu trop appliqué dans sa reconstitution au cordeau, avec ses costumes sans faux plis et une mise en scène assez impersonnelle. Mais surtout, c’est la puissance littéraire du récit d’Annie Ernaux que l’on ne retrouve qu’à de trop rares moments dans le film.
On reste donc un peu sur sa faim devant cette adaptation bien sage et un poil longuette, où l'on aurait aimé que cela gratte davantage, que le film nous remue comme pouvait le faire Mémoire de fille à la lecture.
Et dans ces cas-là, comme souvent, on finit par dire : allez lire le livre ! Comme la plupart des romans d'Annie Ernaux, il se lit vite. Et il permet surtout de comprendre toute la force de ses mots, mais aussi combien il est difficile d'adapter au cinéma une œuvre d'autofiction aussi intime.
❤❤
Film de Judith Godrèche · 1 h 57 min
Sortie en salle : 30 septembre 2026







